Samedi 30 Novembre

J’ai accompagné plusieurs familles dans les bois. Nous étions une vingtaine, parents et enfants.
Pour préparer le lieu, ma compagne et moi y sommes venus la veille, vendredi.
Alors que nous approchions de la blaireautière où j’aime emmener des groupes et faire des affûts, et que je demandais à Eloïse d’approcher avec révérence, nous avons trouvé un marcassin mort.
A l’évidence, la nature nous posait une question : fallait il laisser faire et ne pas intervenir ? Peut être un renard allait il l’emporter dans la nuit.
Fallait il le faire disparaitre pour préserver les familles de cette rencontre ? Fallait il le ramener à la maison pour le reposer le matin au même endroit pour être sur que l’on tombe dessus ?
J’ai profondément senti en moi qu’il fallait ne pas intervenir et je me sentais capable d’accueillir d’éventuelles tristesses si d’aventure nous le rencontrions le lendemain, en groupe. Eloïse, elle, était touchée, triste, et manifestait son inquiétude que les enfants puissent rencontrer l’animal mort.
Son sentiment m’a mis le doute et nous en avons parlé pour décider de ne rien faire. Le marcassin a donc passé la nuit où il est mort, en forêt.
Le lendemain, hier donc, et avant d’accueillir le groupe, je suis allé voir à l’aube et il était encore là. Aucun animal n’était venu le visiter, pas un renard, pas un oiseau. Il était intact.
Visiblement, Grand Aigle voulait nous l’offrir en cadeau.
En fin de matinée donc et alors que nous étions tous ensemble, et que nous nous dirigions vers la maison des blaireaux et que nous observions des traces de limaces sur des champignons, une personne du groupe a prévenu tout le monde de la présence du marcassin.
Les enfants ont été surpris mais sont restés sans peurs. Très vite, il se sont mis en cercle autour et je leur ai montré les pattes, les ongles, le groin, le pelage marbré…Ils étaient passionnés. Les adultes eux formaient un deuxième cercle autour de nous. Ils étaient plus silencieux.
Après l’avoir bien observé, et sentant quelques tristesses, j’ai proposé à chacun d’exprimer ce qu’il souhaitait pour le marcassin : le laisser à sa place, le mettre au creux d’un arbre et le recouvrir de feuilles, l’enterrer.
Unanimement, les enfants ont souhaité le déposer au creux de l’arbre pour « qu’il redevienne terre ».
Les enfants ont eu de très jolis mots et beaucoup d’attention. La cérémonie a été brève mais très respectueuse, j’ai senti chacun concerné.
Le soir, alors que la journée était finie et que chacun était rentré, j’y suis retourné, l’ai ramené à la maison et lui ai pris la peau.
Ce matin, je l’ai dit à Joshua, mon fils, et lui ai proposé d’aller remettre le marcassin au pied de l’arbre. Il était d’accord et, à nouveau, l’avons recouvert de feuilles et l’avons rendu à la terre.
Nous tannerons sa peau demain.
Merci à la nature, merci pour ce cadeau, merci Grand Aigle pour nous avoir mis sur la piste du marcassin, sur la piste du cycle de la vie et de la mort.
La mort, sans qui le cycle est incomplet, qui est normale et fertile.
Merci au marcassin d’avoir donné sa vie pour guider le groupe.
Merci au groupe pour son respect et son accueil.










