






Les forêts françaises tremblent des hurlements des cerfs.
Le brame occupe à temps plein les grands cervidés et habite nos imaginaires.
Ben m’a raconté sa rencontre, nez à nez, avec un grand mâle il y a quelques jours.
C’était en Dordogne, forêt de la Madeleine.
Cécile m’a décrit celui qui vient à chaque crépuscule, depuis quelques jours, au pied de sa maison hurler, accompagné de sa harde. Vallée de Quint, en Drôme.
Je me souviens d’une rencontre magnifique grâce à Bastien, il y a 2 années, au crépuscule encore. Un cerf nous a approché si près qu’il m’est venue la peur d’être piétiné s’il déroulait encore ses pas fracassants. Nous l’avions baptisé Van Gogh pour son oreille gauche cisaillée, suite sans doute à un combat féroce pour le droit de se reproduire. Forêt d’Hourtin, en Médoc.
Une année auparavant, c’est avec Joshua et Eloïse que nous l’avions vu, un matin d’affût. Odorat si développé qu’un filet d’air imperceptible avait suffi à lui ramener toutes nos odeurs dans ses narines alertes. Forêt d’Hourtin encore.
Et d’autres, beaucoup, vécues ou entendues.
Le brame, comme la châtaigne, les premières fleurs de cardamine ou l’équinoxe ramène à la beauté des cycles, au charme des rendez-vous que désormais, je ne manquerai plus. Un animal si beau mérite qu’on vienne a son appel annuel.
Mais nous sommes en Sardaigne.
Les cerfs vivent ils ici ? Brament ils ? A quelle saison ?
Les repères me manquent dans ces forêts.
Je voudrai prendre le maquis des cerfs avec mes amours mais quand sonnent ils le rendez-vous ?
Thomas pourra m’aider. Il parcourt la Sardaigne depuis plusieurs années. A courrir les moutons pour les tondre certes , mais il aime aussi courrir les cerfs. Il a tant d’histoires à partager d’ailleurs.
Il m’apprend qu’ils peuplent bel et bien cette île et m’oriente vers Piscinas, au sud ouest. Il y était avec Samantha, Casi et Vitalie il y a peu et le sol m’a t il dit, était couvert d’empreintes.
A cette nouvelle, Joshua est plein d’enthousiasme. La promesse de retrouver un ami fait briller ses yeux.
La route est longue et grimpe la montagne. Les cerfs semblent négliger les plaines pour le maquis, comme d’aucuns de notre espèce qui choisissent le repli.
Une dune, immense, termine le chemin en coulant sur la montagne pour se jeter en une grande plage dans la Méditerranée.
Pourquoi tant de sable d’un coup ?
Comme une immense langue minérale qui aurait déposée sa salivé chaude et granuleuse sur ce relief littoral.
Le soir, nous écoutons la nuit.
Ressac des vagues a l’ouest. Silence des montagnes à l’est.
Pas de brame. Est ce à déduire pas de cerfs ?
Le matin je me lève tôt. Le sol est jonché d’empreintes. Thomas a dit vrai. De la haut, à la place des aigles et des corbeaux, on y verrait le paysage énigmatique de Nazca.
Les cerfs viennent se baigner au nez du camping car, à 30 mètres, dans une petite faille où coule l’eau douce qui fait la boue dont ils se drapent.
Je raconte immédiatement à Joshua. Nous irons ensemble pister en début d’après-midi. Eloïse est occupée aujourd’hui, appelée par partager ses savoirs autour de l’architecture sacrée.
C’est l’heure. Enfin.
Nous tournons le dos à la mer, direction une petite dune. Prendre de la hauteur pour faire connaissance avec le territoire.
En chemin, Joshua s’arrête net : « je m’assois ici papa, je vais faire un sit spot »
« OK Josh, je monte, je contourne le bosquet là bas, je descends puis je reviens »
Je tourne le dos à mon fils et reprend la marche. Mes yeux sont attirés vers le sol et là, à quelques mètres de l’endroit où Joshua s’est assis, une empreinte si fraîche qu’à sa vue, tout mon corps s’irrigue d’adrénaline.
Il a plu quelques heures avant, fort. Les couleurs du sable, la finesse des grains, la piste vient d’apparaître.
Le cerf n’est pas loin !
J’appelle discrètement Joshua et avec un regard complice, le cœur grand ouvert et la bouche bien fermée, nous emboitons ses pas.
Debout, à 4 pattes, debout à nouveau, à 4 pattes encore et plus loin, nous decouvrons, émerveillés, depuis le haut de la dune, une longue piste, droite, qui descend à perte de vue vers le parking.
C’est une image saisissante de beauté.
La piste raconte que le cerf a tranquillement descendu la dune après l’avoir parcouru pour se nourrir de plantes probablement absentes en bas, et a rejoint en marchant les vans et les camping car garés en nombre.
Comment saura t il prendre soin de lui au milieu des hommes ?
Cette piste en forme de flèche, dans toute sa rectitude et sa tranquillité, dessine la confiance dont le cerf est habité, en pleine journée.
Là haut, sur la dune, je suis stupéfait et touché aussi de ressentir, par le motif de ses pas, une part de son être.
Pour ça je le remercie.
Nous descendons à notre tour après avoir pris soin de viser aux jumelles les bout de ses pas. Mais où peux tu donc te cacher maintenant que tu as bien mangé ?
Tout en bas, les empreintes nous placent à l’orée d’une petite forêt de ravine au fond de laquelle coule l’eau douce qui fait la boue. Ici, les odeurs indiquent l’humus absent du désert de sable autour, les sons deviennent silence et l’air se gorge d’eau.
Au seuil de cette forêt qui n’en n’a pas l’air, nous l’entendons. En hypothèse.
Et nous y descendons.
C’est ici.
Ici qu’il prend soin de lui, qu’il boit, qu’il rumine, qu’il se repose.
Alors que les moteurs qui partent et arrivent à Piscinas vacarment quelques metres plus haut, au seuil de cette ravine, je m’émerveille à nouveau par l’adaptabilité des animaux qui savent cheminer le monde des hommes en restant qui ils sont.
Cette ravine humide rejoint la montagne.
C’est le passage secret des cerfs et des sangliers.
Un passage sacré aussi puisqu’il relie 2 mondes : celui du maquis où les hommes ne vont plus et celui de la dune. Alors qu’ici nous nous baignons, joyeux et inconscients de rejoindre par le bain notre matrice originelle, le cerf descend le maquis pour venir chercher le minéral qui manque à la montagne là haut.
Nos cellules partagent en commun le besoin de sel pour préserver leur intégrité et bien communiquer. Elles nous rappellent à notre ascendance amphibie commune.
Pas de brame aujourd’hui. Ni hier. Ni demain.
Mais un rendez-vous, non pas avec un ami, mais avec un frère.
Salut Geoffrey, Gratitude pour cette belle histoire de cerf et pour la séance de chant partagé ce matin avec ma chérie.
Au mois de septembre, j’ai pour la première fois de ma vie était sur la piste du cerf, dans la Drôme, vers Saint Nazaire le désert. J’étais en compagnie Stéphane, un partenaire du cycle « Sur la voie » de Pascale.
Aussitôt arrivé, nous avons été baigné directement dans l’ambiance sonore : un cerf s’est mis à bramer. Puis d’autres. Ils sont trois dans une zone assez rapprochée, et un quatrième bien plus loin Nous avons commencé à descendre la route d’où nous arrivions pour se rapprocher de la zone. Nous nous arrêtons et nous mettons en observation, et nous nous disons qu’il serait préférable de remonter et de prendre le chemin qui se trouve juste en face de là où on a garé la voiture. Nous arrivons alors à un panneau qui indique s’il s’agit d’une propriété privée. Nous décidons d’essayer de la contourner à travers une sente. Nous avançons et nous tombons sur un petit arbuste qui semble s’être fait grignoter : nous savons qu’ils sont là, mais nous sommes contents de voir des traces. Nous déboulons sur un champ où l’on trouve des crottes de cervidés. Nous montons et se posons en haut du champ. A l’écoute du brame, nous contemplons également un magnifique paysage montagneux.
Puis nous avons décidé de continuer notre chemin et d’essayer de s’approcher un peu plus. Arrivé aux abords d’une ancienne bergerie, nous nous sommes figés suite à un raffut accompagné d’une voix rauque. Il nous avait capté, et nous aussi. Nous ne l’avions pas en visuel, mais savions qu’il est vraiment pas loin. Par l’esprit, j’ai tenté une communication avec lui, lui expliquant que nous ne lui voulions aucun mal. Nous asseyions près du vieux bâtiment. Nous entendions ses bois qui cognait contre quelque chose, peut-être des branches. Il bougeait. Je regardais au loin sur ma droite et je me suis dit que ce serait une Grâce s’il faisait une apparition par là. Puis j’ai détourné la tête. Quelques minutes plus tard, Stéphane me tapotait l’épaule, je tournais ma tête et la Grâce que j’avais imaginé était là. Il se situait plus loin que ce que j’avais espéré, mais j’arrivais quand même à bien le distinguer. Il était à l’arrêt et semblait regarder dans notre direction. Puis il est reparti pour disparaître dans le bois.Il était à peu près 20h quand les brames ont commencé à diminuer. Nous étions comblés et pouvions en fin de compte rejoindre les autres amis du cycle pour un bivouac du côté de Eurre où nous leur partagerions notre histoire. 🙂
Bien à toi cher Geoffrey et beau séjour en Sardaigne !
Loïs
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