
Je suis habitant de la Vallée du Ciron et amoureux de sa faune et sa flore.
Je parcours la rivière et ses affluents depuis 3 années intensément.
Ces nombreuses explorations m’ont donné un amour profond pour la Vallée. J’ai compris à quel point les eaux de son bassin versant sont un refuge pour une diversité d’êtres exceptionnels et fragiles.
Fragiles car partout, de la source à son Embouchure, la ripisylve est étroite et perd en largeur. L’habitat fantastique se resserre et la menace est réelle pour le dernier refuge de vie que constituent les eaux du Ciron et de ses affluents.
C’est une question environnementale certes, mais bien plus, une question fondamentale pour nous humains dans nos relations au vivant.
Ce qui sera définitivement perdu avec la LGV, c’est la beauté, la poésie, le silence, dont l’âme humaine a besoin.
Ce qui sera définitivement fragilisé et menacé, c’est le dernier havre de vie d’un sud Gironde qui s’est asséché sous la pression des forêts de pins plantés.
Ce qui sera définitivement nié, c’est notre rôle en tant qu’humains sur cette terre : être des alliés de la vie pour la soutenir, tant elle nous donne, sans compter.
Il serait beau, inspirant, plein d’espoir, définitivement encourageant de voir les intérêts de toutes les autres formes de vie passer devant les nôtres, pour une fois.
J’ai visité récemment la source du Ciron. Où plutôt, je l’ai pisté. Car aucune carte ne montre avec précision la source.
J’ai été stupéfait, très affecté, de découvrir qu’à l’endroit où la carte IGN marque la source, elle est captée par un tuyau qui perce le sol pour irriguer une immense étendue de maïs totalement clôturée.
Que la source en réalité n’existe plus, irriguée, drainée, corsetée, pour disparaître sous le sol et sortir, pas de minces filets d’eaux brillantes dans des fossés profonds, taillés par les bulldozers.
Le Ciron, à sa genèse, est déjà anthropisé, violé.
Attristé, bouleversé d’assister par le pistage du paysage et de ses premières eaux à l’effacement de nos sensibilités indigènes qui considéraient les sources comme sacrées parce qu’elles donnent la vie.
Le paysage à la source est sec, mis a l’équerre.
L’espoir est que la vie coule ici, les cerfs brament et l’eau trouve son chemin. Malgré nos irrévérences.
Puissions nous, communautés humaines, retrouver nos âmes anciennes et rendre à la vie ce qu’elle nous donne, conscients des interdépendances et respectueux de chaque forme de vie.
En ce sens, le projet de LGV nie notre âme profonde pour ne nourrir que notre héritage moderne.
A petit feu nos imaginaires s’assèchent autant que la vie se réduit. Et c’est nous, humains, qui perdons le sens de qui nous sommes profondément.